Compte rendu, Événements

Peuple de Berryer, rappelle-toi…

par Baptiste CONVERSANO
Avocat au barreau de Bruxelles

Jeudi 18 décembre 2025, il est 20h et la Berryer s’apprête à commencer.

Une salle solennelle de la cour d’appel retrouvée, un duo d’invités étonnant, un candidat au talent remarqué et 12 secrétaires parisiens enragés ; un cocktail parfait pour passer une agréable soirée.

Tout commence par les mots présidentiels de bienvenue de Me Karim Sedad. Il se dit ravi. Ravi de voir que comme à son habitude, toi, Peuple de Berryer, tu as répondu présent et en nombre. Il nous annonce une soirée d’éloquence de haut vol et remercie bien évidemment les deux invités de l’édition 2025 pour leur présence.

Les invités, Peuple de Berryer, parlons-en. Dena et Denis Goeman. Denis & Dena, le nouveau duo comique belge d’un soir. Tout semble les séparer et pourtant, le temps d’un soir, c’est comme s’ils s’étaient toujours connus.

Denis & Dena furent présentés par la sixième secrétaire de la Conférence du barreau de Paris, Me Aimée Kleiman. Une présentation haute en couleur et aux décibels beaucoup trop élevés pour les premiers rangs – alors que les derniers n’ont absolument rien entendu – en deux temps :

  • Premier temps, elle dépeint Denis Goeman en vantant sa position de juge : une position de planquée dans laquelle il est simple de juger sans lire le dossier, et même de s’en vanter sur les plateaux télé – qui peut vraiment lui donner tort ? ;
  • Deuxième temps, elle vante les mérites de Dena, une humoriste qu’elle ne connait pas et dont elle ne parlera que trop brièvement.

Le duo d’invités est galvanisé, là où la sixième secrétaire beaucoup moins car ses blagues n’ont pas eu l’effet escompté. Le silence est d’or, il ne faut pas l’oublier même à Paris, ville lumière.

Vint ensuite le tour de celui que tu attendais avec impatience Peuple de Berryer, Me Necim Triki. Prix Boels 2025, concurrent malheureux mais vaillant du Lejeune & Janson, Me Triki ne pouvait te décevoir et il ne t’a pas déçu.

« Si Denis nie Dena qui nie Denis, reste-t-il quelqu’un pour faire face au juge ? » Qu’allait bien pouvoir te raconter Me Triki sur un tel sujet ?

Me Triki avec une éloquence certaine te raconte que lui, sa vie, c’est la Berryer. « Toi, mon fils, tu feras la Berryer », ce sont les mots de sa mère. L’Université et le cirage de pompes de Karim Sedad, il ne les a faits que dans un seul but : devenir candidat Berryer.

Après cette petite introspection personnelle, Me Triki entame sa vraie mission : une critique acerbe des deux invités.

Pour lui, Dena est une humoriste sympa, assez sympa que pour remplir des salles, des petites, voire des très petites salles.

Pour lui, Denis Goeman, qu’il surnommera amicalement « Denis », est un juge « agricole » qui n’hésite pas à infliger
« des peines de gros fumier ». Un juge exemplaire donc. Mais un juge qui va sur les plateaux ou dans ses salles d’audience, pour tenter à l’image de Dena, de faire rire. Heureusement que Me Triki précisera bien qu’il tente juste.

La conclusion fut simple mais brillante. Denis nie Dena parce qu’il aspire à être Dena alors que Dena, elle, ne prend même pas la peine de nier Denis parce qu’elle n’en a rien « à foutre » de Denis.

C’est brillant, c’est bien dit, c’est Triki.

Tonnerre d’applaudissements. Peule de Berryer, tu étais en délire après la performance de ton candidat et tu avais bien raison.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Tu allais maintenant devoir subir les critiques acerbes de pas moins de 12 secrétaires parisiens.

Pour commencer le bal, Me Antonin Gravelin-Rodriguez. De la voix, de l’humour, des accessoires et un ton un peu docte mais qui passe bien. La salle est conquise.

Vint le tour de Me Réda Ghilaci. Il commence par citer une fable pour apprendre au candidat, son « khoya » ce qu’est l’éloquence mais Me Ghilaci n’a trompé personne, malgré une éloquence certaine, c’était un extrait usé et répété à longueur de Berryer – comme à leur habitude, les Parisiens, eux-mêmes, le dénonçaient.

Me Victor Delatour-Le Morzadec prend le relais en nous faisant une intervention dans laquelle il répète « Je vais te baiser Réda ». Pourquoi ? Aucune idée et lui non plus, visiblement.

Me Helin Köse suit et nous avons retenu une chose qu’elle dit sans détour : elle voulait coucher avec le candidat. Mission réussie pour Me Triki.

Ensuite, un premier remplaçant, Me Louis Joseph Ricard. Malheureusement, sa performance en demi-teinte ne me permet même pas de t’en livrer une bribe, Peuple de Berryer. C’est Me Noémie Gorin qui prend la parole. Pas une vanne, pas un sourire mais elle aura eu le mérite de vanter l’amitié qui lie Bruxelles et Paris.

Une fois pas deux. Pas pour Me Kleiman qui est amené à prendre la parole une seconde fois ce soir. Réalisant que lors de sa présentation, personne ne l’avait entendu, elle cria un peu plus cette fois mais pour ne rien dire de plus.

Un autre remplaçant est appelé à monter sur le terrain, Me Baptiste Bellet. Il marche, il parle et c’est réussi.

Me Hugo Latrabe parle ensuite. Pas à nous, Me Latrabe, sa première blague est mot pour mot sa première blague de Berryer 2024. S’auto-recycler n’est-il pas signe d’écologisme? A voir.

Plus que trois.

Sur la troisième marche du podium, c’est Me Juliette Triquet qui se lança dans l’arène. Outre un appel du pied à Maitre Triki à peine dissimulé, elle s’exclama sur les bonnes relations qu’entretenaient nos deux conférences respectives. L’amour avec un grand A ! Pour une Berryer réussie, il faut toujours des blagues réservées aux commissaires et c’est Me Triquet qui s’en est chargée. Vint ensuite Me Sofia Bougrine qui pris la parole pour la deuxième fois sur les terres Bruxelles car elle avait eu la chance de s’exercer l’année d’avant.  Avec une douceur sans nom et une éloquence certaine, elle arrive à t’emporter de Berryer. Il faudra néanmoins constater qu’elle félicite Me Triki plus qu’elle ne le critique.

Enfin, le meilleur pour la fin – du moins des Parisiens – Me Thibaut Bailly. Cette place de premier secrétaire, il ne l’a pas volée et il nous l’a démontré. En substance, il n’a rien compris de la faute de Me Triki et c’est joliment dit.

Il fallait jouer la montre avant la contre critique et Me Gauthier Bogaert, trésorier de la CJBB, qui s’en est chargé. Au lieu de faire un discours qui ne sert à rien, il a saisi l’opportunité pour dire que maintenant c’était fini. Nous, Belges, n’avons plus le monopole de la pédophilie. Avec le procès le Scouarnec, les Français nous ont pris notre dernier trophée et Me Bogaert, au terme d’un discours parfaitement maitrisé, tenait à leur décerner.

Les Français ne sont plus des veaux mais des porcs. Merci Me Bogaert d’avoir dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Bravo, mon fils.

Le temps se faisait long mais toi, Peuple de Berryer, tu attendais une chose : la contre critique.

Déboulant dans la salle solennelle de la Cour d’appel, c’est Me Bruno Gendrin, ancien 6ème secrétaire de la Conférence du Barreau de Paris, qui lance les hostilités. Il est d’un calme plat mais ses blagues marchent. Il tire à boulet rouge avec une éloquence remarquée et puis vint le tour de Aimée Kleiman – elle aussi 6e secrétaire. Et là, retournement de situation, il commence à l’encenser.

Peuple de Berryer te voilà surpris mais pas pour longtemps car un deuxième contre critique débarque, Me Guillaume Raymond, ancien secrétaire de la Conférence nationale du Grand serment qui, on peut le dire sans se tromper, a réveillé la foule.

La performance était parfaite. Un bon ton, une gestuelle recherchée, des blagues fines, d’autres vulgaires. Force est de constater que Me Raymond a brillé.

Si je devais retenir une seule des critiques qu’il a lancées, je retiendrais les mots qu’il a formulés à Me Bailly, premier secrétaire.

« Me Bailly, votre tête, votre petit corps me font penser à un ragondin. Alors oui, c’est vrai, comme le dit Booba, les aigles ne volent pas avec les pigeons, mais ce qui me rassure en vous voyant, c’est que les ragondins, eux ne volent même pas».

Il n’y a pas à dire, Peuple de Berryer, en 2025, la Conférence t’aura servi une Berryer de haut vol.