Compte rendu

Assemblée générale

Salle des audiences solennelles de la Cour d’appel de Bruxelles. Le président Sedad attend du monde. Il voit grand. Il voit loin. Toujours. Il est confiant.

Un avocat en toge prend la parole au pupitre, devant un buste

Depuis quelques semaines, la campagne électorale est intense. Pas pour le mandat de président. Les candidats à cette fonction prestigieuse sont connus jusqu’en 2032 et chacun s’en accommode avec discipline. Pas pour les mandats de commissaires : autant de candidats que de postes à pourvoir. Ils sont là, assis dans la salle, souriants, détendus ; ils se projettent déjà, eux qui seront accueillis dans la grande famille du Jeune Barreau. Leurs yeux pétillent. Ils s’apprêtent à vivre ces années particulières, faites de travail, de service au barreau et d’amitié1. Qui sait ? C’est peut-être à cette occasion qu’ils rencontreront leur futur conjoint(e) ou associé(e). Il se raconte que cela est déjà arrivé.

Non, le véritable enjeu, c’est le discours de rentrée 2028. Deux candidates. Deux excellentes candidates. Elles ont des choses à dire et sont bien décidées à convaincre l’assemblée que leur voix est celle qu’elle attend. Depuis plusieurs semaines, les soutiens se comptent, les procurations aussi. Tensions entre anciens président(e)s, débat sur la légitimité de leur candidature, trahisons, alliances de circonstance… Qui a dit que la campagne au vice-bâtonnat 2022 avait été disputée ?

Il est 15 h 30. La tradition est respectée. Avec les 30 minutes de retard protocolaires — Mme la bâtonnière a failli quitter la séance avant qu’elle ne commence véritablement —, dans une salle où règne une agréable température de 32 °C, le président ouvre la séance.

Un membre de la Conférence brandit une coupe lors de la remise des prix
Une avocate en toge prononce son discours au pupitre

Après la remise des coupes et des différents prix, dont celui qui porte le nom de notre regretté Pierre Paul de Châtelet, trop tôt disparu, Me Cassandra Bockstael s’approche du pupitre pour son rapport de secrétaire. D’une voix souriante et intelligible, elle nous livre un récit qui, selon un usage ancien, n’a vocation à être compris que par les seuls initiés, c’est-à-dire uniquement par ceux et celles qui siègent au fer à cheval. Il y est question de Koh-Lanta et d’îles mais aussi, et surtout, de solidarité et d’amitié. Et c’est avec une émotion palpable que Me Bockstael conclut sur ce qui restera au terme de cette aventure : la confiance qu’on a prise et les souvenirs qu’on gardera.

Un avocat en toge prend la parole au pupitre

Il appartient ensuite au trésorier, Me Gauthier Bogaert, de nous parler chiffres. Il n’en fera évidemment rien. On est propulsé de Koh-Lanta au Moyen Âge, pour un rapport tout aussi ésotérique. On y apprend, sans réelle surprise, que les trésoriers aiment l’argent et sont les meilleurs. Les fanfaronnades d’usage passées, Me Bogaert se veut plus personnel. La voix hésite davantage lorsqu’il évoque ce que la Conférence lui a apporté : « Moi, le plus bavard des comtes, enfant unique et ayant parfois eu du mal à trouver ma place, je n’ai pas connu la notion de fratrie. Pas avant vous, tout du moins. Vous avez changé ma vie d’avocat à tout jamais. La confraternité aura désormais vos visages. »

« Quand une mission est accomplie, il faut partir ». Mais avant de partir, le président, qui voit toujours grand et loin, revêt une dernière fois sa parure de plumes. Avec humour, sensibilité et équanimité, il remercie les membres de sa tribu. Les mots sont justes et doux. Pour chacun.

Un avocat coiffé d’une parure de plumes au pupitre

Félicitations, M. le président, vous fûtes un président audacieux, dans la forme, mais surtout sur le fond. Homme de convictions et de combats, vous n’avez pas hésité à les porter haut, au service d’un barreau plus inclusif et plus engagé dans la société, dans le respect des sensibilités de chacun.

Le maiden speech du futur président illustre à merveille cette émulation qui souvent caractérise les commissions qui se succèdent. Plus fort. Plus loin. Toujours. C’est au son des tambours marocains (« Dakka Marrakchia ») que Me Hani Madani entame son discours d’intronisation. Dans un style atypique, chaleureux, au rythme soutenu, il fait ce en quoi il excelle : nous enthousiasmer. Nul doute qu’avec son sens de l’organisation et sa bonne humeur contagieuse, le succès sera au rendez-vous l’an prochain.

Un avocat en toge prend la parole

Chargé de présenter le candidat unique au mandat de vice-président, Me Baptiste Conversano, Me Jacques Willockx s’acquitte de sa mission avec verve, talent et humour, en vrai orateur qu’il est. Ne dissimulant rien des traits de personnalité les plus inquiétants de son candidat : son obsession de quitter une soirée, souvent à l’aube, en dernier ou encore cette intervention malheureuse lors d’une Berryer à Genève qui faillit compromettre les bonnes relations belgo-suisses.

Un membre de l’assemblée en pleine réaction
Un membre de l’assemblée souriant

Mais, comme souvent à la Conférence, l’humour cède finalement la place à l’amitié. Et lui, qui joua la candidature à la vice-présidence avec Me Conversano à pile ou face conclut par ces mots : « Sache que si tu as le sentiment d’avoir volé une place, c’est uniquement celle que tu as prise dans mon cœur et dans bien d’autres cœurs battants dans cette salle. La Conférence compte sur toi, Baptiste, et toi, tu comptes pour la Conférence. »

Un orateur gesticule en parlant
Une oratrice au micro

Me Mathilde Mertens, candidate au poste de directrice générale de Me Madani, est à ce point populaire qu’elle a droit non pas à une mais à deux présentations. La première, par Me François Coppin, est drôle, sensible et empreinte d’une sincère gentillesse, à l’image de son présentateur. La seconde, par Me Claire-Emmanuelle Moreau, dans ce registre oratoire français qui reste l’apanage de nos amis d’outre-Quiévrain. Elle nous raconte ses efforts, aussi obstinés qu’infructueux, pour convaincre Me Mertens de quitter Bruxelles pour Bordeaux. Son échec est vécu comme une victoire par l’assemblée et confirme, s’il en était besoin, que Me Mertens a l’instinct sûr.

Une avocate souriante dans l’assemblée
Portrait d’une avocate
Portrait d’une avocate

Enfin, la joute tant attendue. Celle qui a incité le président, qui voit toujours grand et loin, à choisir la salle des audiences solennelles pour son assemblée. À ma gauche, Me Margaux Conil-Séon, ancienne secrétaire de la Conférence, à ma droite, Me Colombe Dethier, prix Janson 2022. Un match au sommet. Seule l’une d’entre elles sera oratrice de rentrée pour l’année judiciaire 2027-2028.

Pour les présenter, deux femmes de talent et de convictions. L’une fut la secrétaire de l’autre. Elles se respectent. Peut-être même s’admirent-elles. Elles sont amies. Toutes deux sont anciennes présidentes. Toutes deux prêtes à tout pour obtenir la victoire de leur candidate.

Une avocate au pupitre
Une avocate les bras levés au pupitre

Me Audrey Despontin a choisi de soutenir Me Conil-Séon. Me Anne-Claire Dombret défend la candidature de Me Dethier. Deux amies prêtes à risquer leur amitié au nom de… l’amitié, comme le rappela Me Despontin.

Rivalisant d’intelligence et de finesse, elles se livrent à un combat oratoire à fleurets mouchetés pour emporter la conviction de l’assemblée. Ce jour-là, celle-ci choisit finalement de porter ses suffrages sur Me Colombe Dethier. Qu’elle en soit chaleureusement félicitée. Quant à Me Conil-Séon, qu’elle n’y voie ni un échec ni une injustice, mais simplement l’occasion de bénéficier d’un peu plus de temps pour prononcer ce discours qu’elle porte, je le sais, en elle.

Ainsi s’achève cette assemblée générale. De discours en discours, un fil rouge s’est tissé, celui de l’amitié, mot prononcé tant de fois qu’il en devenait un serment collectif. On a ri, beaucoup, parfois aux éclats, souvent in petto. On a entendu parler de pièces de monnaie et de coiffes de chef, de colombes et de lions, de petits Afghans et de fishsticks, de Radio Bidon et de cathédrales lyonnaises. On a vu un président se muer en être de lumière et léguer son royaume à son successeur, une ancienne présidente confesser un mensonge par loyauté, une autre implorer le pardon au nom de l’amour.

Le chalet où se tient la réception, à la tombée de la nuit
Invités lors de la réception
Invités à bord d’un ponton sur l’étang

On a surtout compris, une fois encore, que derrière l’humour et l’éloquence, il y a toujours quelque chose de plus profond : l’attachement viscéral à une institution qui, année après année, transforme de jeunes avocats en amis, en alliés, parfois même en famille. Que celles et ceux qui doutent encore de la mission de la Conférence du jeune barreau viennent assister à l’une de ses activités, n’importe laquelle : ils en repartiront convaincus que la confraternité n’est pas un vain mot et que, décidément, le cœur a ses raisons que la raison ne saurait ignorer.

Coupes de la Conférence

  • Coupe Marie PopelinMe Sandra Broché
  • Coupe Pierre Paulus de ChâteletMe Thibault Raad
  • Coupe de la Conférence du jeune barreauCabinet CEW & Partners

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1. Dans l’ordre alphabétique Mes Lucas Fontaine, Pauline Leloup, Alice Lhoas, Antoine Mairesse et Armelle Zaluzec. Retour au texte